La flemme donne des idées et de plus lorsque l'on est né à Marseille !
Très rapidement mon métier de technicien de mesure sur véhicule est devenu partiellement pénible. J'ai horreur de tout ce qui est routinier, répétitif. Dans ce sens, l'installation d'une chaîne de mesure dans les camions devenait franchement pénible. Et encore, nous étions gâtés par rapport à no collègues de l'automobile, la place ne nous manquait généralement pas, et nous n'étions pas gênés par le poids.
Cependant, trouver la place de nos énormes batteries, en général 4 de plus de 150 Ah, faire faire un support suffisamment solide pour nos acrobaties, disposer les enregistreurs dans la cabine, les boîtiers adaptateurs, les boites de films n'était pas toujours évident et prenait beaucoup de temps, du temps inutile, puisqu'il n'était pas directement productif de mesures.
En lisant la presse spécialisée, j'ai adopté une idée qui provenait d'une revue italienne ou Suisse, je ne sais plus bien.
J'ai convaincu mes chefs, et ils m'ont donné le véhicule que je souhaitais, un prototype de SB2 devenu caduque et le budget souhaité, ou presque.
L'idée était d'installer définitivement et confortablement tout le matériel nécessaire à mes mesures.
L'alimentation devait être assurée par mes grosses batteries chargées par un gros groupe électrogène Bernard Moteur qui nous fournirait aussi l'éclairage intérieur.
Ce prototype avait la particularité d'avoir une porte coulissante de chaque côté. La droite servirait d'accès au laboratoire et la gauche permettrait de travailler confortablement sur les câblages des appareils installés dans deux armoires racks.
A l'intérieur un petit labo photo, puisqu’une bonne partie de nos enregistrements se faisaient sur des pellicules photographiques 35 mm. Cela permettrait de développer directement les enregistrements sur le terrain et de ne rentrer à Suresnes qu'avec la certitude que la mission est remplie.
Pour la relation avec le véhicule d'essais, porteur uniquement des capteurs, la solution retenue, compte tenu des moyens techniques de l'époque, était une liaison par un câble entre deux perches.
J'avais exploré les solutions par radio, mais attendais le développement de la FM et du multiplexage alors balbutiant.
En fait, j'avais découvert la télé mesure.
Après la phase de mise au point et la période transitoire de la liaison pas fil, je devais pouvoir m'installer tranquillement à porté radio du véhicule essayé et me consacrer qu’à mes mesures.
J'ai constitué une petite équipe d'ouvriers, nous disions de velus, et la construction a commencé.
Le SB2, choisi à cause de son grand volume intérieur, pour son confort de suspension et à cause de ses deux portes latérales a d'abord été "ré-aligné".
Les trains, les freins, la suspension ont été mis au niveau de la série, tout a été révisé, rénové.
Pendant ce temps, j'ai acheté tout le matériel et dessiné le plan fonctionnel, mes compagnons n'ayant pas besoin de plan de détail.
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Mes collègues directs n'y croyaient pas beaucoup.
Pourtant le projet avançait dans l'atelier.
La carrosserie a été adaptée, toit ouvrant de car, vitre latérale, entré et sortie d'air pour le refroidissement du groupe électrogène, structure des équipements intérieurs, câblages électriques de base.
Groupe électrogène et armoire racks installés.
Et j'ai quitté la Savien.
En partant j'ai fait une copie de mon projet et, trente ans après, à l'occasion de mon dernier déménagement il est ressorti de mes documents, j'en ai été très étonné.
Quant au véhicule laboratoire, la conviction de mon successeur n'ayant pas été suffisante, il est tombé dans l'oubli.
Le matériel a été utilisé autrement et mon projet n'a servi à rien.
Dommage