Ce n’est pas d'en bas qu'il est trop haut, c'est d'en haut 

Voilà bien un autre exploit inoubliable dans sa bêtise.

Et notre idiotie nous a bien fait rire.

Un jour, je ne sais plus lequel, nous avons voulu aller sur les pistes spéciales qui se trouvent dans le centre de l’anneau de vitesse de Montlhéry.

Pour quoi faire ? Peut être notre boulot, mais ce n’est pas sur.

Et avec le E7, il nous aurait fallu demander l’autorisation à la tour de contrôle pour qu’ils arrêtent le trafic le temps que nous traversions la piste.

Mais nous devions probablement avoir besoin de plus de discrétion.

Et il y avait le tunnel !

Le tunnel passait sous la piste, il doit encore exister.

Avant et après, une descente perpendiculaire au tunel et deux virages à angle droit.

Pour le E7 le gabarit était un peu juste, mais après « exploration » suffisant.

Voilà donc Jean qui s’engage prudemment dans la descente, prend le virage d’entré, avance dans le tunnel et

STOP, arrête tout !

Bloqués.

Au beau milieu du tunnel il y a une grosse conduite qui traverse la voute, avec une grosse bride de raccordement en plein milieu.

On avance très doucement vers cet obstacle et, horreur, le E7 et trop haut « d’en haut ».

Haie. Reculer est quasi impossible, du moins extrêmement délicat, surtout avec le virage très séré à angle droit.

Coincés. On fait quoi ? Et en plus, quasiment dans le noir.

Heureusement que c’est assez large pour descendre du car.

Alors, on fait quoi ?

Puis, vient l’idée génialement idiote, DEGONFLER LES SIX ROUES.

Bon, au boulot, jusque à ce que ça passe. Et ça marche.

Le E7 sort du trou, après y avoir passé une bonne ½ heure.

Il arrive de l’autre côté quasiment sur les jantes. Pas cool, ce n’est pas comme cela que nous pourrons faire ce que nous souhaitions.

Et il faut regonfler.

Jean gare la Marie Joseph discrètement et retourne à pied au stand de la SAVIEM. Il en revient avec quelques raccords, un tuyau et un pistolet de gonflage. Nous installons tout ça sur le compresseur du véhicule. Et voilà, plus qu’a gonfler ! Mais six roues de car, quasiment à plat et qui nécessitent 8 bars, ça prend du temps.

Silence, on gonfle.

L’après midi est bien avancée, et il faut rentrer.

Franchement pas chaud pour emprunter le même chemin, nous faisons appel à la tour de contrôle, bien étonnée de nous voir à l’intérieur. Je ne suis pas sûr que nous leur ayons vraiment tout expliqué.

Au stand pour ranger nos emprunts et retour à Suresnes. Pas fiers, mais pas la peine d’expliquer. Discrets.

Mais dans le centre de l’anneau de vitesse, il y a toujours ces pistes spéciales, le gué et plein de truc amusants, ou intéressant pour nos essais. Les pistes dites « de casse », pavés savamment mal posés, tôle ondulée y compris déphasée droite gauche. Bref, on ne va tout de même pas se priver de ça.

Mais il y a cette foutue bride en plein milieu du passage du E7. Et pour l’instant, nous n'avons franchement plus envie de passer la moitié de la journée, simplement pour passer de l’autre côté.

Et puis quelques temps plus tard, en travaillant sur l’enregistrement des suspensions, celles qui nous intriguaient pour le comportement, je « trouve » LES VALVES DE NIVELLEMENT !

Ces valves, accrochées aux éléments de suspension avant et arrière, servent à corriger la hauteur de caisse du E7, quelle que soit la charge.

Et les rotules peuvent se déconnecter simplement entre le pouce et l’index.

Gagné.

Un essai discret à Suresnes, ça marche.

Pour baisser le car, facile, on fait sauter les trois rotules, on tire sur la tige et « psssssssssss », le car descend sur ses butés de choc. Et pour remonter, fastoche, il suffit de pousser les tiges et les reconnecter.

Même pas besoin de descendre, nous avons accès au trains par l’intérieur, puisque nous n’avons quasiment que le plancher central dans cet engin.

Deux minutes chrono en tout, à nous les petites pistes convoitées.

Et nous ne nous en priverons plus.

Et dire que nous pension que c’était d’en haut que le E7 était trop haut !