Cette page est un hommage à mon grand père, Émile Legrou.
Cet homme était l' antithèse des valeurs d' aujourd'hui, l' homme vrai qui ne se doit qu 'à lui-même.
Né d' un père charron à Wattrelos, à la frontière franco belge, mon grand père est l' homme qui a fondamentalement marqué ma vie, et sûrement ma carrière.
Je ne suis pas sur qu' il savait bien compter, je suis bien sur qu' il ne savait pas lire un plan, encore moins dessiner.
Et pourtant !
Il possédait par contre les qualités d' un véritable créateur, capable de conduire un projet compliqué jusqu'à son terme, simplement sur une idée.
Mon grand père était un de ces "petits" constructeurs", il disait lui charpentier en carrosserie, nous dirions maintenant "carrossier", comme Peninfarina, Heuliez, Bertone, en plus modeste, comme il en existait beaucoup dans le deuxième tiers du 20ème siècle.
De son atelier, 133 rue du Luxembourg à Roubaix, sortaient 10 à 20 voitures chaque année.
Ses clients étaient des industriels, des commerçants des environs, qui achetaient un châssis, Delahaye, Delage, Amilcar , Chenard & Walcker, Hotchkiss, Hisotas Frascini peut être, Renault. Ils le lui confiaient et après de longues discutions, nos dirions maintenant après élaboration d' un cahier des charges, Grand Père se mettait au travail.
Il prenait un grand plateau de chêne, un de ces plateaux qui séchaient de nombreuses années dans son "stock", un de ceux qui sentaient si bon, prenait son crayon et ses gabarits et traçait les courbes de la future voiture. C' était tout.
Ensuite, sous sa maîtrise, ses compagnons fabriquaient la carrosserie de ce qui devenait la berline, la torpédo ou la limousine du commanditaire.
Dans ses clients, il me semble qu' il y a les fondateurs de la Redoute et des Trois Suisses, entre autre.
Ma "participation" à l' oeuvre de mon Grand Père a démarrée en 1949.
A cette époque j' avais 4 ans et, sur le plan technique, encore quelques lacunes. Mais ces squelettes, ces structures en pleine évolution me fascinaient, l'odeur du bois fraîchement travaillé, de l' huile, de la chaleurs des moteurs des machines, des copeaux dans lesquels nous plongions avec mon frère. Je voulais participer. Alors, comme je n' était pas bien grand à cette époque, j' ai pris la part qui était à ma porté, "améliorer les circuits électriques". Consciencieusement je rajoutais des éléments sous les châssis en cours de finitions.
Quel boulot pour les ouvriers pour enlever ensuite les "ficelles" , les morceaux de fils de fer que j' avais attachés partout.
Quand Grand Père, furieux me découvrait sous une voiture, avec mes outils et qu' il criait "Que fais tu là dessous" , il parait que je répondait sérieusement: "je met le jus" .
Pas étonnant qu'en 1958 j'ai choisi l' automobile, je suis tombé naturellement dedans en naissant.
Alors, si vous habitez le nord, Roubaix, Tourcoing, Lille ou les environs, si vous connaissez une voiture carrossée par Émile Legrou, prévenez moi. Cette voiture peut vous appartenir , mais elle fait parti de mon patrimoine, de mes racines, de mon histoire.
Le comble est que mon Grand Père ne savait pas vraiment conduire et n'a jamais eu de voiture.