Dans la Marie Joseph nous n’avions que le plancher central, pour circuler de l’avant vers l’arrière, je vous l’ai déjà dit.

Nous pouvions donc contrôler entre autres les débattements des suspensions, ou les déformations du châssis.

Et la guerre roues pendantes, contre car décolle n’était pas terminée.

Un jour de 1967 probablement, Miam-miam s’est retrouvé à Montlhéry pour je ne sais quelle raison.

Ce n’était pas véritablement son terrain habituel de travail. Il était le chef d’atelier des protos, le parton des mécaniciens, soudeurs, ajusteurs, tôliers.

Mais il était là. Et nous l’avons piégé, il nous fallait un témoin.

Miam-miam avait un certain age, surtout pour nous, un peu essoufflé.

Nous tournions sur le routier pour des mesures de freinage, me semble-t-il, officiellement.

En passant aux deux ponts, nous l’avions remarqué et nous avons décidé de lui faire faire un « tour », en fait nous lui réservions un « tour de con » !

Nous nous sommes arrêtés et lui avons proposé de monter, lui pas très chaud, finalement il a accepté.

Je lui ai tout de même conseillé de bien se tenir. Je l’ai installé derrière Jean, avec une superbe vue sur les deux roues avant.

C’est parti, vous connaissez, c’est tout droit, du moins au début.

Arrivés à la cuvette de Couard, Monsieur « miam-miam », j’ai oublié son nom, tellement son surnom m’est resté :

-      Regardez bien les roues avant !

Et lorsque le train avant a décollé en haut, juste avant la descente, j’ai entendu un énorme :

-      OH

Le reste du tour a dut être l’enfer pour lui qui n’était plus très jeune. Au début il était blanc, il a ensuite tourné au rouge, le soufflé coupé.

Tellement que dans la ligne droite de la forêt, j’ai demandé à Jean d’arrêter la torture. Je n’avais pas envie d’une crise cardiaque.

Aux deux ponts, nous l’avons aidé à descendre.

Miam-miam n’allait pas très bien.

Quelques minutes après, lorsqu’il eut retrouvé ses esprits et son calme, il nous a dit :

-      Je ne croyais pas que c’était à ce point.

Et nous avions enfin un allié parmi les cadres du service.

Bien sur l’allure que nous prenions sur le circuit ressemblait plus à une course qu’à un voyage en car, mais Chevreuse avait bien montré qu’il y avait un problème.

Et puis, après tout, toutes ses acrobaties pouvaient très bien simuler un conducteur surpris brutalement par une route piégeuse.

DL20080330