Décidément les quelques années passées au Service Essais Prototypes de la SAVIEM furent pour moi une extraordinaire période d’initiation, mais avec les années, une fabuleuse réserve d’histoires drôles.
Parmi celles-ci, il y a celle-là :
L’histoire de notre première vraie machine à calculer.
Ce n’est pas que nous n’en avions pas, mais c’était plutôt des machines comptables, qui en gros ne faisaient que des opérations simples.
Mais pour nos soucis, il restait la règle à calcul, c’est
bien, mais pas assez précis, ou les tables de logs, etc.
Nous VOULIONS une machine à calculer.
L’idée a fini par être admise.
La Saviem avait un fournisseur pour ce genre de machine, je tairais la marque, par gentillesse.
Un « représentant » suffisant est donc venu nous voir.
C’est surtout Claude G. qui a mené les débats et joué avec
lui.
Il a expliqué que nous faisions des calculs qui dépassaient largement
les possibilités de la machine courante.
Il faut se souvenir que dans les années soixante, les machines à calculer étaient quasiment toutes électromécaniques. Un ensemble bien compliqué.
Et nous voulions une machine plus évoluées que ces bricoles.
Sur de son coup, le vendeur, ditirambique sur les qualités de ses produits nous en a prêté une, à « l’essai », le pauvre. Il avait mis une machine « à l’essai, dans un service « essais prototype ».
C’est bête, Claude a été obligé de le rappeler,
le lendemain, ou très peu après, la machine était « grillée »,
elle avait grippé.
Pas de chance.
Il nous en prête une autre, même motif, même position.
Vexé, il nous a dégoté la merveille des merveilles de sa marque. Avec celle là, tout devait être possible.
Oui, tout a été possible, même la griller comme les autres, grippée.
Le vendeur a abandonné. Je pense qu’il est parti convaincu d’avoir eut à faire à des jeunes cons.
Comment faisions-nous ?
Pas compliqué, au petit matin suivant, en arrivant au boulot, nous mettions la machine dans un local ou elle ne nous cassait pas les oreilles, et nous lancions une division , un chiffre au diviseur et un seul chiffre au dividende, et hop, en route, parti pour la journée, voire plus si le graissage et le refroidissement était bons, puis, suivant le cas le moteur grillait, ou la mécanique grippait.
Quels chiffres, « zéro », simplement.
Les bricoles de comptabilité répondent bêtement « zéro »,
les machines électromécaniques évoluées cherchent
mieux.
Sauf que zéro, divisé par zéro, c’est une indétermination,
la machine chercherait encore, si elle n’avait pas rendu l’âme.
Le vendeur a abandonné, et nous l’avons eut notre machine, portable (à deux) en plus, grâce à ces deux poignées.
Elle était électronique, ressemblait globalement à celle là.

Elle comportait même un lecteur de bandes sur lequel il était possible de conserver de petits programmes de calcul.
Le rêve, en attendant que le service s’équipe d’un ordinateur, un vrai, qui occupera tout mon bureau, en deux ou trois armoires, mais moi, à ce moment là, je n’étais plus à la SAVIEM
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