La Marie-Joseph              

La Marie-Joseph est un beau bateau.

En fait, La Marie-Joseph est le premier prototype roulant du SAVIEM E7, premier car à moteur arrière de la marque.

Son nom lui venait du bruit de péniche de son moteur.

Ce véhicule, ou plutôt le travail que j’ai été amené à faire pendant quatre ans, m’a beaucoup appris.

Lorsque je suis arrivé à la SAVIEM en août 1965, le grand projet était un car à moteur arrière pour remplacer le S45 vieillissant, qui finalement continuera longtemps sa carrière.

Moteur arrière pour le confort sonore des passagers, mais aussi pour dégager tout le dessous de façon à y aménager de grandes soutes à bagages.

Ce car devait utiliser les meilleures techniques connues, de façon à être très léger.

Objectif, moins de 10 tonnes à pleine charge, pour échapper à la limitation de vitesse.

Cette époque est pour moi, du point de vue historique de l’automobile, la charnière entre le génie créateur pifométrique et la rigueur scientifique que nous connaissons maintenant.

Jusque là, l’intuition, le pif, les essais, et surtout l’expérience étaient les seuls moteurs de la technique appliquée.

A la SAVIEM j’ai été embauché au service Essais Prototypes, section nouvelle « Mesures » et pour moi, « mesures sur véhicules ».

Pour situer, le service au grand complet devait comporter une trentaine de techniciens en tout.

Quand au service mesures, le chef, Vanu, un dessinateur dont j’ai oublié le nom, Pierre, Monsieur le Baron Christian, René qui deviendra mon beau frère, Titis dit Spounts, Claude le Burdigalien, et moi. Moyenne d’âge, peut-être 23 ans.

Nous étions surtout expérimentés en expérimentation, c’est à dire que tout était neuf pour nous.

Nous connaissions le mètre à ruban, le décamètre pour les cas difficiles.

Le thermomètre à alcool, le chronomètre, la bascule à patates. La vitesse aussi, en divisant le décamètre à ruban par la montre.

Nous avions aussi des notions de contraintes, par exemple la contrainte du transport pour aller travailler.

Les degrés également. Mais avions des difficultés à mesurer justement les degrés de difficultés. Pour les degrés d’alcool, c’était plus simple, nous buvions surtout du lait.

Experts en « yaka », nous en avions étés bien fournis dans nos écoles respectives. En plus, l’imagination de la jeunesse nous en faisait inventer dès qu’il nous en manquait un.

Dans ce contexte, revenons au E7.

Il existait deux châssis ;

L’un était nu, j’en ai hérité pour faire des mesures de déformation  puis de contraintes;

L’autre était en fin d’assemblage dans l’atelier des prototypes, c’est la Marie-Joseph.

Sa vie fut très mouvementée et ses premiers pas comiques, dans la mesure où ce ne fut pas tragique.

Je vous en raconte quelques souvenirs marquants ou marrants.

En tout cas, pour moi la Marie-Joseph est un mythe, une partie très enrichissante, et une histoire de copains.

FONDATION DE L'AUTOMOBILE MARIUS BERLIET - LYON

La Marie Joseph était un E7 standard et non court comme sur cette photo, mais c'est la plus proche du proto N°1

Ce dessin a été fait bien des années après (80) par GB qui me l'a transmis avec le commentaire suivant: "le E7 est en effet l'autocar ancien que je préfère et qui m'a conduit au collège et au lycée durant les années 1980".