Les jardiniers du Mont Valérien

Je pense que c’est Avenue du Professeur Léon Bernard, la route qui monte au Mont Valérien à partir de Suresnes, qu’ils ont fini, exaspérés par les ennuis que nous leur procurions, par nous attendre pour nous engueuler copieusement.
Ils, ce sont les jardiniers qui entretenaient, amoureusement, les pelouses environnantes.
Il faut dire que nous n’étions pas sympas avec eux.

Je ne sais plus pourquoi, à la suite de rupture de transmission sur le SB2, je suppose, j’ai été chargé de mesurer le couple passant par les transmissions AV au moment de leur rupture.

J’ai donc installé une chaine de mesure à partir de jauges de contraintes collées sur la transmission, et nous sommes partis vers cette côte, proche de la SAVIEM à Suresnes.
Petit calcul à la « Y-a-qua » : couple moteur multiplié par le rapport total de transmission, la tout multiplié par deux par sécurité et j’étalonne le capteur à 250 mkg.
Et nous partons « casser » notre première transmission, justement dans cette côte.

Après quelques tâtonnements et quelques angoisses, nous trouvons la solution. Je ne sais plus qui était au volant, mais ce n’était pas Jean.

La méthode retenue, infaillible au deuxième ou troisième essai, ressemble à une grosse bêtise du conducteur, mais peut se produire avec une grosse brute.
Le véhicule arrêté en côte à pleine charge, il s’agissait d’accélérer le moteur à fond, pied au plancher sur l’accélérateur, moteur à la régulation, et de riper latéralement le pied de la commande d’embrayage, comme si le pied gauche avait glissé sur la pédale. Trouille garantie les premières fois. Le choc est énorme, le bruit aussi.
Bien sur le moteur calle.
Et après quelques tortures de ce genre une transmission casse, envoyant des bouts de ferraille dans tous les sens, y compris dans le gazon si bien entretenu par les jardiniers.
Nous ramassions les gros morceaux en catimini, attelions le véhicule à Belphégor, la brute de camion de dépannage et rentrions au bercail.

Le problème pour les jardiniers était que nos exploits n’arrangeaient pas leur tondeuses.

Et pour nous, les vérifications en ateliers étaient incohérentes. Impossible de casser les transmissions en appliquant les couples relevées pendant l’essai et de très loin.

Il nous a fallut augmenter de beaucoup la bande passante de la chaine de mesure pour arriver à la vérité : 1 600 à 1 800 mkg en pointe en fait.

Mais pour arriver à ça, il nous a fallu quelques dizaines d’essais, et autant de bout de ferrailles dans le gazon. Et les jardiniers nous on finalement « pisté » et ont eu une grosse envie de nous tondre.

Pour la petite histoire un de nos patrons, dubitatif, nous a demandé de procéder à ce type de torture avec un véhicule de la concurrence, pour comparaison.
Il a donc loué un Citroën H, officiellement pour en faire des photos, et en avant. Problème, ce n’est pas la transmission qui a cassé en premier, mais la boite de vitesses qui a craché toutes ses tripes sur la route, la même. Rassurez-vous, nous avions de l’éducation à la SAVIEM et le véhicule a été remis à neuf, avant de le rendre, moteur, boite de vitesses, transmission et trains avant neufs. Chère photos.

Quand au SB2, lorsque les transmissions ont fini par supporter une dizaine de tortures avant de casser, il a été estimé que cela suffisait.