Quelle histoire !

Pourtant il y avait tout pour que mes dernières années de carrière soient un plaisir.

Plus rien à prouver, plus d'enjeu, plus d'ambition, ci ce n'est faire simplement mon nouveau métier et essayer de transmettre à quelques jeunes le plaisir de travailler et de s'investir.

"Entrainé" à conduire, ou m'inscrire dans, un projet, j'ai débarqué avec l'idée que tout ce qui pouvait profiter aux jeunes constituait un projet convenable dans ce milieu.

Quelle erreur !

Et ça n'a pas tardé.

Je me suis longtemps posé la question de cette page, depuis la création du site, il y a maintenant longtemps. Mais il me semble que cette partie de ma vie, paradoxalement le métier que j’ai pratiqué le plus longtemps dans ma carrière, constitue un témoignage, dont je ne veux tirer aucune généralité.

C’est vrai que j’ai toujours « résisté » à l’idée d’enseigner. Cette question est revenue régulièrement dans ma carrière. La réponse a toujours été non.

L’embauche

Mais en 1992, après avoir déposé le bilan de l’entreprise que j’avais monté 6 ans avant, n’envisageant pas vraiment de « remonter » dans la région Parisienne, vers mes anciens métiers, il fallait rebondir et trouver un emploi dans la région de Montpellier, ou aux alentours.

Et le hasard m’a conduit à avoir connaissance d’une annonce d’un lycée technique : « Lycée technique recherche enseignant technique en automobile, salaire 12 000 F par mois. » Pas intéressé à priori, mais « poussé » par mon épouse, j’ai fini par prendre contact avec cette école privée du Gard.

La rencontre fut expéditive, et je fus « embauché » vers mai 1992, pour la rentré suivante.

Conseil du directeur, pas de soucis, à la rentrée mes « collègues » devaient m’aider à démarrer.

Je suis donc parti en vacances, disons dubitatif.

Première rentré

Et la rentré se fit le 2 septembre 1992, avec 4 jours de « formation » nouvel enseignant.

Puis ce fut la rentré des élèves.

Ayant vécu plein de situations différentes bien plus compliquées dans ma carrière, il n’y eut aucune angoisse, mais une forte perplexité.

Je me suis donc retrouvé un beau matin, sans aucune préparation, en classe avec 25 élèves.

Alain m’avait tout de même donné quelques documents de cours, que j’ai vite compris ne pas pouvoir exploiter, un cours c’est tellement personnel, mais ça m’a aidé tout de même.

Première déconvenue :

Puis vint assez vite une question de mes nouveaux collègues, « dans quelles conditions avais-je été « embauché » ?

Gros éclat de rire lorsque je leur ai parlé de mes 12 000 f par mois. D’après eux, la moitié peut-être.

Et il n’y avait rien d’écris, si ce n’est un énorme dossier réclamé par l’académie de Montpellier. C’est comme cela que j’ai appris que j’avais été embauché par l’école, mais pour le compte de l’académie, qui était en fait mon véritable employeur.

J’ai donc interpelé le directeur pour en savoir plus. Réponse embarrassée, tergiversation, ce n’est pas lui, mais l’académie qui décide. Bref, piégé.

Et mes collègues m’ont bien confirmé que le salaire de départ d’un enseignant non titulaire était plutôt de l’ordre de 6 000 f mensuel. Une ignominie en ce qui me concernait, à cause de l’annonce passée à Montpellier.

J’ai donc fait savoir au directeur que dans ces conditions là, c’est lui qui devra assurer mes cours « la semaine prochaine ». Bras au ciel, puis il me dit que la seule solution pour arranger ça, c’est une inspection. Je le mets en demeure de la demander pour moi et je reste en attendant.

Ca n’a pas trainé. Je dois bien être une exception dans le système. Ma première inspection au bout de 2 mois d’enseignement et avec le directeur dans la classe, avec l’inspecteur. Inspection favorable, bien sur. Nous en parlerons plus tard.

Sauf que, il m’était toujours impossible de savoir combien j’allais gagner, n’ayant toujours pas reçu de salaire.

L’académie interrogée me renvoyait vers l’école, pour des documents manquants, malgré l’énorme dossier fourni. Et l’école prétendait qu’il s’agissait de la lenteur des fonctionnaires.

Et moi, pendant ce temps je faisais 200 km par jours avec ma voiture et ma femme et moi mangions des patates et des pattes, en essayent de calmer notre banquier, qui ne ratait aucun de nos découverts.

Vient un jour, où nous ne pouvions plus tenir. Je suis donc allé voir mon « directeur » pour lui demander de l’argent. Et, grand seigneur, il m’a « prêté » 5000 F, en un prêt « d’honneur ». Ca lui vaudra bien des ennuis, car malgré son harcèlement, j’ai fini par lui faire savoir que je rembourserai le jour ou « mon honneur » sera sauf, c'est-à-dire quand j’aurais effectivement 12 000 f mensuels net. Ca a pris des années de bras de fer, par secrétaire interposé, Monsieur n’ayant pas le courage de me rencontrer sur ce sujet.

En novembre, je n’avais toujours pas été payé. Je me suis tourné alors vers le rectorat de Nîmes, pour pouvoir subsister Et j’ai reçu de l’argent.

Et en janvier 1993, soit après six mois de travail, j’ai enfin reçu mes salaires de septembre, octobre, novembre, décembre et janvier, avec une retenue pour la somme versée en décembre intitulée « avance sur salaire ». J’ai fait un scandale au rectorat, en conseillant au chef du personnel de suivre des cours de français. Une honte, de plus.

Et là, j’ai constaté que l’on m’avait bien pris pour un crétain.

La contrepartie de mon travail était estimée à 6 591,5 F, heures supplémentaires comprises, par mois, soit en gros la moitié de l’annonce crapuleuse.

Et mon inspection « favorable »? Il a fallu attendre pour constater qu’elle prenait effet au 1 janvier et j’en ai reçu le solde fin Avril 1993. Ca me mettait alors à 8 010,41 F mensuels, manque toujours 4 000 F pour le compte.

Il me faudra attendre septembre 1996 et surtout le fait que, contre toute attente de mon chef des travaux en particulier, je réussisse le concours et que mon salaire atteigne les 12 000 F de l’annonce.

J’ai toujours considéré que cette école me devait une petite fortune, en gros 4000 F mensuel pendant 44 mois au moins, soit 176 000 F environs.

Lèse majesté

Il est clair que ne n’avais pas compris de suite que cette école fonctionnait sur un mode royaliste et pyramidal.

Seul le « chef » peut avoir des idées et des initiatives, seul le chef décide. Et la discutions, l’opposition sont prohibées.

Je venais d’un monde où justement idées et initiatives, dans le cadre bien sûr des objectifs étaient au contraire les valeurs qui menaient à la reconnaissance, mais pas là.

Et la première initiative, malgré le contexte, n’a pas trainé.

Un matin des tous débuts, je trouve un courrier dans ma boite à lettre. C’était pourtant une circulaire provenant du chef des travaux. Une association, « Les Amis de la Casamance » proposait aux lycées techniques de France ayant une section « Automobile », de participer à la remise en état de RENAULT 4 devant être convoyées dans cette région du Sénégal, pour être confiées à des dispensaires.

Contre l’avis de mes collègues du secteur, j’ai trouvé ce projet intéressant, pour mes élèves et pour mes cours, et j’ai accepté de m’y engager. Quelle erreur, même si ce fut une superbe aventure avec une bande d’élèves enthousiastes.

De fait, ça m’a surtout attiré la vindicte de presque tous les autres enseignants de la section automobile, qui ont parié sur un échec. Mais ce fut une réussite telle que le chef prof auto a fini par se rallier au projet et m’a bien aidé les derniers mois. Peut être pour récupérer les lauriers de l’opération.

La deuxième est également arrivée rapidement.

Dans l’atelier, les automobiles qui servaient aux cours provenaient toutes des « casseurs » locaux.

Quelle misère. Elles avaient toutes largement plus de dix ans. Aucune ne pouvait servir à initier ces jeunes aux techniques modernes alors en extraordinaire évolution rapide.

Préparer des jeunes avec des produits préhistoriques me paraissait irréel. Puis vint une réunion « renouvellement du parc », en présence du chef des travaux. Chacun de mes collègues connaissait un casseur qui proposait de nous donner une épave, en taxe professionnelle.

Et quand j’ai proposé de m’occuper de ce problème en me rapprochant de mes amis de RENAULT à Billancourt, en gros, il m’a été demandé de m’occuper de ce qui me regarde. Je n’ai donc pas bougé.

Même réunion quelques mois plus tard. Les choses n’avaient pas évoluées. J’ai réitéré ma proposition. Ce coup là la réponse a été du style « puisque vous êtes si fort, montrez nous ce que vous pouvez faire ». Dont acte.

Ce que je pouvais faire, ce n’était pas bien compliqué. Tous ceux qui à Billancourt avaient la possibilité de me fournir du matériel étaient de vieux copains de travail de vingt ans. Pour la plupart et à tous les niveaux, nous avions démarrés ensembles dans les années 1970. Ca aide.

Ca n’a pas trainé. L’école Après Vente de RENAULT m’a envoyé :

Ø      Une RENAULT  Safrane neuve ou presque, elle avait seulement servi à la formation du réseau de Marseille ;

Ø      Deux RENAULT Twingo ;

Ø      Une RENAULT 21 Diesel ;

Ø      Et quelques mètres cube de matériels divers, moteurs, boites de vitesses, des faisceaux, des calculateurs etc. etc. Au titre de la taxe professionnelle.

En plus, nous figurions maintenant sur la liste de diffusion de matériel de RENAULT.

Je n’avais pas de mérite particulier. Si l’école avait pris contact avec ce constructeur, comme avec les autres, elle aurait bénéficié aussi de matériel. Ils n’avaient simplement pas fait cette démarche auparavant.

La différence tout de même, c’est que venant de moi, la demande à Billancourt a été traitée comme un bon coup de main pour un « vieux » copain et pas anonymement.

Ce fut un choc.

« Il » fut d’abord décidé qu’il n’était pas question « d’abimer » des voitures « aussi chères ». En terme clair, pas question d’y toucher. Mes collègues ont donc décidés de ne pas s’en servir, alors que pour moi, ce n’étaient que des appareils destinés à la formation, des « consommables » que nous remplacerions un jour.

Cela dit, le moteur de la RENAULT 21 est parti sur une voiture de prof, la boite de vitesses sur une autre, et les pneumatiques aussi. Bravo.

Quelques temps après, nous avons reçu un autre lot de la part de RENAULT ;

Ø      Une caisse de Laguna ;

Ø      Une Laguna complète ;

Ø      Et encore une grande quantité d’organes séparés, dont une partie provenant de retour sous garantie. Et là, j’ai dut me battre et faire peur.

De fait, la caisse de Laguna ne pouvait pas nous servir, n’ayant pas de section carrosserie dans l’école.

Et le chef prof lui a trouvé une destination, la « vendre » à un garagiste de sa connaissance, pour alimenter la caisse de la section. Magouille, en fait.

Cette caisse était une "pré-série", mot qui ne voulait rien dire à mes collègues, mais qui ne garantie pas qu’elle soit totalement conforme, en particulier au niveau de certaine pièces, voire de la qualité des soudures, etc. Je leur ai donc fait peur, mais ça n’a pas empêché son départ, vers, parait-il, une école. En fait, je ne sais pas où.

Troisième initiative, la documentation.

Dans cette section, le nec plus ultra de l’information technique était : La Revue Technique Automobile.

Bien, mais tout de même bien insuffisant pour former de futurs professionnels de l’automobile.

Dans les années 72/76, j’ai un peu travaillé avec ces gents là, à l’époque ou j’étais rédacteur technique à la direction centrale Après Vente à Clamart. Nous leur fournissions les manuscrits de nos manuels de réparations et relisions les leurs avant impression.

Le problème, même si je reconnais l’intérêt de ces parutions, c’est que ces documents ne sont à jour QUE le jour de leur parution et qu’il est impossible de faire des mises à jours suffisamment souvent. Cela conduit à une documentation minimum, pratique en absence de mieux, mais pas plus.

J’ai donc fait appel à mon ex copain, devenu le patron du service Méthode Réparation et il m’a proposé un marché :

Pour les besoins de son service, il disposait d’un certain nombre d’abonnements à la documentation complète, au même titre par exemple que les succursales, et m’en a affecté un, à titre personnel, sous la condition qu’à réception je détruise tout ce qui pouvait avoir un caractère confidentiel, comme les informations sur les incidents en cours.

Je prends et je m’engage. J’en fais donc part à mes supérieurs, la documentation à mon nom doit m’arriver non ouverte. Non négociable.

Ca a semblé fonctionner pendant 2 ou trois ans. L’école a fini par se retrouver avec une documentation RENAULT très satisfaisante.

Et un beau jour !

Sur un des panneaux d’affichage de la salle principale des profs , un avis d’incident sur je ne sais plus quel véhicule est affiché.

Quelle bande de malhonnêtes.

J’ai engueulé tout le monde, prévenu que l’abonnement était donc fini, rappelé mon ami à Clamart, me suis excusé et je lui ai demandé de supprimer l’abonnement.

A partir de là, il ne m’a plus envoyé, au coup par coup, que le document dont j’avais personnellement besoin.

Encore un raté et ce coups là révélateur de la malhonnêteté d’une partie des gents qui m’entouraient.

Vacheries à répétition

J’en oublierai bien sur, il y en a eut tellement. Mais il y en a quelques unes qui valent d’être mentionnées.

Il est clair qu’au moins le chef des travaux aurait bien aimé que je disparaisse. Mais j’avançais en âge, et à plus de 50 ans, ce n’est pas évident. Je n’aime pas perdre. Je me suis donc accroché.

Mais je fonctionnais en permanence sous la menace constante de « tirs croisés » de la part de quelques uns de mes « camarades ».

Il me fallait 5 ans d’ancienneté pour pouvoir me présenter au concours interne de PLP2 et ça m’a conduit en 1997.

J’ai tenu jusque là, mais je ne savais pas à quel point j’avais attiré une véritable haine.

En décembre 96, je me présente aux épreuves « d’accessibilité » au concours à Montpellier. Et je réussi. Je réussi aussi à augmenter les iniquités par la même occasion.

Épreuves d’admission vers le début juin, à Bordeaux.

Alors, mon grand copain le chef des travaux, n’ayant pas le courage, comme habituellement, de faire les choses de face, a encore agis en traitre.

Fin mai 97, il m’organise une inspection durant la dernière heure de cours de l’année d’une de mes classes et il vient bien sur jubiler.

Les élèves ont étés sympas, je crois qu’ils m’aimaient bien et étaient plutôt de mon côté.

Le cours se déroule correctement et l’inspecteur y met fin, avant le temps normal.

Puis, c’est un face à face avec le chef des travaux comme témoin. Un peu tendu, mais correct.

Voyant la fin de l’entretien arriver, je sorts mon arme secrète, le dossier que j’avais préparé pour le concours, en demandant gentiment « un service » à l’inspecteur, le parcourir et me donner son avis.

Une bombe.

Question courroucé de l’inspecteur au chef des travaux « Vous ne m’aviez pas dit que Monsieur LEGROU est admissible et passe le concours la semaine prochaine »

Réponse embarrassée d’un merdeux qui a fait caca dans sa culotte et ça commence à se sentir : « Heu, oui, je ne pensais pas que ce soit important » Pauvre imbécile.

L’inspecteur ; « Bonne chance pour votre concours, allez le passez, réussissez le et à votre retour, nous en reparlerons à Montpellier ».

Il y eut comme un coup de froid avec le chef des travaux.

J’ai passé le concours, j’ai réussi et l’inspecteur et moi sommes devenus amis et nous sommes rencontrés effectivement à Montpellier.

Il m’a dit un jour que notre aventure l’avait amené à comprendre que, quelques fois, des chefs d’établissements avaient du, comme pour moi, lui faire faire un sale boulot à leur place.

Mais n’allez pas croire que c’était fini.

Après la réussite au concours, dans le programme il y a une année probatoire et finalement une nouvelle inspection qui entérine, si favorable, la titularisation du poste. Ce n’est qu’après celà qu’un enseignant est véritablement professeur avec un statut décent et un salaire convenable. (En gros à l’époque les fameux 12 000 F par mois).

Je devais donc « subir » la troisième inspection de ma carrière d’enseignant en 6 ans, probablement aussi détenir un record, étant courant d’avoir la première après 15 ans.

En fin d’année scolaire, je suis informé que « l’inspecteur » sera dans ma classe le jeudi, à 10h.

Ce jour là j’avais la même classe de Mentions Complémentaires toute la journée. Et avec cette bande de 10 jeunes les relations étaient de l’ordre de la complicité. Ils avaient la ferme intention de me donner un coup de main.

Par prudence, habitués aux coups foireux, j’ai leur ai proposé d’aller en classe dès 8h, sait-on jamais. Et nous voilà en classe quand, vers les 8h15, 8h20, on tape à la porte. C’étaient l’inspecteur et le courageux chef des travaux.

Je les saluts et dis à l’inspecteur que je l’attendais à 10h, comme indiqué par l’autre crétain.

-         «  Vous avez dit à Monsieur LEGROU que l’inspection avait lieu à 10h et à moi à 8h ? »

-         «  Heu, oui, j’ai dut me tromper » bafouille le merdeux de chef des travaux, encore pris en flagrant délits de vacherie.

-         «  Monsieur LEGROU, je suis désolé, nous allons nous retirer et revenir à 10h »

-         «  Ne vous inquiétez pas Monsieur (c’était l’inspecteur avec lequel j’étais devenu ami). Puisque vous êtes là, nous ferons ce qui était prévu de 10h à midi, puis après, ce que j’avais prévu maintenant »

-         Et nous voilà avec le chef des travaux et l’inspecteur au fond de la classe.

Tout se passe bien.

A un certain moment, je vois l’inspecteur se lever, avancer, regarder un peu partout, et prendre « un » classeur qui « trainait » sur une table, à côté d’un élève. Il retourne à sa place, le feuillète et le rend.

L’inspection se termine par un entretien comme toujours, l’inspecteur prend congés et je me retrouve avec mes élèves.

« Msieur, on l’a bien eut l’inspecteur »

« C'est-à-dire ? »

« Ben, le classeur »

« Oui, le classeur, celui de Karim »

« C’est quoi ça ? »

« Simple, Karim est celui qui a le classeur le mieux tenu, alors, hier nous l’avons tous aidé de façon à ce qu’il soit bien complet, et nous avons décidé de na pas amener les notres et de mettre celui là bien en évidence. Et ça a marché »

« Bande de petits saloparts » Et nous avons bien rigolé. Mais j’étais et je suis encore très ému par cette preuve de complicité. Merci mes jeunes amis.

Et bien sur l’inspection a été favorable et ma carrière d’enseignant confortée.

Quelques jours après, l’inspecteur, nos épouses et moi nous retrouvions à Palavas, un soir au resto

Il fut question de cette inspection, de la vacherie attaché, et du classeur.

« Ils ont voulu me piéger, vos élèves »

« C’est exact, nous en avons même bien ri, après votre départ, quand ils m’ont tout dit »

« Je l’avais bien compris, je n’avais pas vraiment le choix du classeur. Mais je me suis dit que la connivence de vos élèves était plutôt favorable au travail que vous faites avec eux. Dites leur que j’ai beaucoup apprécié leur complicité par cette tricherie. »

Et je l’ai dit à Xavier, Romain, Karim, Stève, Mathieu, Jean Michel, Yoann, Olivier, John et Frédéric.

Mais cette histoire ne s’est pas arrêtée là

Il y avait maintenant les examens pour ces dix garçons. Ce fut encore l’occasion de magouille que j’ai eut du mal à faire rectifier (voir commission d’examen).

Chaque élève passait en fait deux diplômes, un en Diesel, un en Electricité, Electronique Automobile. Ils eurent tous les deux diplômes, sauf Stève qui n’en réussi aucun.

L’année suivante, quelques jours après la rentré scolaire, Stève est venu me voir avec mes nouveaux élèves.

Il était furieux.

« Monsieur LEGROU, vous travaillez vraiment avec des saloparts. Quand les résultats ont étés publiés, j’ai été convoqué par le chef des travaux. Il voulait que je porte plainte contre vous parce que si je n’ai pas réussi les examens, c’est soit disant que vous êtes un mauvais prof. Le con. Je lui ai dit qu’il était ignoble et que si je n’avais pas réussi, c’est parce que je n’avais pas travaillé.)

Décidemment.

Le pire

Vous avez bien compris que mes relations dans l’école, du moins avec une partie de l’encadrement, n’étaient pas au grand amour. Mais là, c’est simplement de l’ignominie.

En 1996, lorsque les emplois du temps de l’année 96/97 ont étés élaborés, il fut décidé que j’aurai la classe de mentions complémentaires, à plein temps, soit 26h par semaine. Ce n’était déjà pas très normal, mais dans le fond pas bien grave.
Mais le chef des travaux m’a présenté cette décision comme une menace :
« Vous n’aurez que cette classe qui présente deux examens à la fin de l’année et comme ça on verra bien ce que vous valez, puisque vous êtes quasiment leur seul prof ».
Dont acte.
L’année scolaire s’est passée plutôt bien. Une classe de 10 élèves, 26 h par semaine, nous avons plutôt travaillé dans la complicité que sous la contrainte.
Je vous raconterai ailleurs comment nous nous sommes organisés, mais pas vraiment de façon conventionnelle.
Puis vint le moment des examens.
C’est notre école qui fut désignée comme centre d’examen, sous la responsabilité du Lycée Technique public de la ville.
J’ai donc été chargé, logiquement, de l’organisation.
Mais je me suis appliqué à ne pas être impliqué dans les notes, si ce n’est pour en assurer la compilation, contrôlé par l’ensemble des profs.
Il y avait d’autres jeunes que les nôtres, en fait tous ceux de l’académie de Montpellier. Nous étions le seul centre d’examen.

L’examen, qui se déroulait sur un peu plus d’une semaine a démarré.
Et plus le temps passait, plus je constatais que les notes, pas seulement de mes élèves, étaient extraordinairement basses, en particulier sur une épreuve, ou les 8, note éliminatoire, étaient courants.
J’étais très inquiet et pour le moins perplexe.
Un soir, chez moi, un collègue m’appelle. C’était Didier R., hors de lui.
Il m’a dit qu’il y avait eu une réunion « furtive » des profs qui avaient reçu la consigne « de saquer mes élèves pour pouvoir me virer ». A peine croyable, mais la compilation des notes confirmait bien cela.

Je ne sais pourquoi en plein milieu de cette période d’examen, le directeur du Lycée convoque tous les profs de l’automobile, avec apparemment pour projet un procès en bonne et due forme, me demandant de m’expliquer sur ces mauvais résultats.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réunion était tendue. Je voyais quelques petits sourires contenus, sur la figure de quelques uns de mes « collègues ». J’étais en position plus que délicate, apparemment. Mais « ils » ne savaient pas que je savais.
Le directeur m’a donné la parole pour que je me « justifie ». Ca a produit un tsunami.
« Y a-t-il ici quelqu'un qui aura le culot de nier l’ordre qui a été donné de saquer les élèves afin de me virer ? ».
Tout le monde est devenu blanc, le directeur livide. Silence absolu pendant quelques secondes, pas un mot.
Le directeur met fin à la réunion, je rentre à Montpellier.
Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite, mais j’ai vu l’ensemble des profs venir me donner « d’autres » notes, sorties je ne sais d’où, mais plus conformes à la logique. J’ai aussi vu un prof de centre d’apprentissage venir me dire," quelle bande de salops, ils saquaient aussi mes élèves pour faire plus vrai."
L’examen terminé j’ai fait quelques copies du registre des notes, je les ai fait signer par TOUS les profs impliqués. J’ai transmis un exemplaire au responsable du Lycée public, notre tutelle et j’en ai gardé un exemplaire, avec touts les signatures originales, pas une photocopie, sait-on jamais.
Le résultat fut logique, tous mes élèves, sauf Stève, ont réussi au moins l’une des mentions, plus de 80% de réussite. Et la tension avec certains de mes collègues s’est encore « améliorée ».

Et ce n’est toujours pas fini !

L’année suivante, je me vis encore confier les Mentions Complémentaires, ce qui dans le fond me convenait bien, mais avec une nouveauté, « l’annualisation » de mes heures de travail. Dans l’arbitraire hors la loi, encore un must.
Il faut dire que l’année précédente, le grand nombre d’heures supplémentaires qui m’avaient étés imposé m’avait ammené à annoncer que c’était un beau cadeau, puisque venant d’acheter une voiture avec un crédit sur 5 ans, j’allais pouvoir le solder en un an seulement. Ca n’avait pas plus.
Ce coup là, l’argument était que pendant les stages de mes élèves, j’étais en « vacances ». Inutile de dire que pendant ces périodes, je n’ai pas mis les pieds à l’école et je n’ai fait aucun compte rendu de mes visites, effectuées tout de même par respect pour les jeunes. Par contre, je n’ai pas pu demander le remboursement des frais.

L’année s’est déroulée comme la précédente avec les élèves, bien.
Vint la fin de l’année et la période d’examens.
Comme l’année dernière, nous fûmes centre d’examens pour l’académie.
Comme l’année dernière, logiquement, c’est moi qui fus chargé de l’organisation et comme l’année dernière je pris la précaution de ne pas être impliqué dans les notes, sauf la compilation.
Rien de bien particulier. L’opération « virer le prof » n’a pas été réitérée. Rien à signaler au niveau des notes.
Comme l’année dernière j’en fis quatre ou cinq « originaux » avec la signature de tous les enseignants. J’en fournis un exemplaire au Lycée public et mis les autres « en sécurité » chez moi, « au cas où ».

Et quelques jours plus tard, la commission d’examens s’est réunie, comme tous les ans, au Lycée Jules Raimu à Nîmes. J’en faisais parti avec dans mes affaires un original des notes, en toute illégalité.

Pour les Mentions Complémentaire, c’est Guy CH. qui en était le président.
La commission démarre ses travaux, examens anonymes, sauf pour Guy, de tous les candidats, un par un.
Pour moi donc, impossible de relier « le candidat » en cours de vérification avec ma liste. Mais au bout d’un moment, disons à mi travaux, il me paraissait évident que les notes arrivées à la commission n’étaient pas celles que j’avais communiquées et très largement au détriment de bon nombre de candidats, les miens en particulier.
J’ai arrêté les travaux, j’ai demandé la « levée » de l’anonymat pour contrôle. Ca a provoqué un début de scandale, la loi interdisant ce type de situation. Mais moi, je partais du « devoir de désobéissance » dans l’intérêt général.
Et nous avons comparé toutes les notes de tous les élèves. Pas une seule ne correspondait. Effroi général.
Le Proviseur est appelé en urgence. Explications et il prend le problème en main. Il me demande gentiment de lui confier l’original des notes que je lui donne d’autant plus volontiers que j’en ai au moins un autre exemplaire chez moi.
Coup de fil à l’académie et la commission d’examen est annulée.
Et elle est ré-réunie environs deux semaines plus tard. Nous avons immédiatement décidé de ne pas travailler dans l’anonymat. Après tout, nous nous connaissions tous bien, depuis plus de 10 ans et j’étais là bien sur avec un autre original des notes. Il fallait bien pouvoir vérifier.
Impossible de comprendre pourquoi les notes retenues ne correspondaient toujours pas à celles fournies, mais cette fois sans préjudice pour aucun élève.
Je l’ai tout de même fait remarquer, mais comme ça ne lésait personne, le débat c’est arrêté là.

Nous n’avons jamais su d’où provenait cette grave anomalie. Mais, compte tenue de la magouille de l’année précédente, je pense encore qu’il y a dut y avoir une malversation provenant de mes « chers collègues » sans en avoir la preuve. Simplement, ils ne savaient pas que j’avais gardé précieusement les originaux des notes. Ils ne savaient pas non plus que je faisais parti de la commission d’examen.

Crapuleux, probablement.

L’année suivante, l’école a supprimé la section Mentions Complémentaire. Je me suis donc retrouvé avec un programme « normal » avec des BEP, et une classe de Bac Pro en gestion.

Et les vacheries ont recommencées par l’année scolaire 2001/2002. Dans le principe j’étais « titulaire » de mon poste en mécanique automobile, mais le chef des travaux a décidé de me confier deux classes de 3ème Technologiques, classes pour lesquelles il est évident que je n’étais pas compétent.

Il est vrai que l’intérêt des élèves n’avait pas l’air d’être sa préoccupation principale. Ils ont donc embauché un jeune enseignant pour me remplacer.
Pas très content, j’ai pris contact avec le directeur du personnel de l’académie de Montpellier.
Il est évident que ce monsieur n’approuvait pas la position de l’école. Il est évident aussi qu’il n’avait pas envie d’entrer en conflit ouvert.
Il prit donc position et me tint un discours pour le moins étonnant.
En résumé :
Nul ne pouvait plus rien contre moi. Pour me licencier, il faudrait 3 inspections défavorables, hors j’en avais « subit » 3 favorables dans les 8 années écoulées, ce qui était déjà un record. Hors, quel est l’inspecteur qui prendrait la responsabilité de contredire les inspections passées. De plus, cela prendrait au moins 3 ans. De toute façon, nul à l’académie ne prendrait cette initiative. Et quand bien même le directeur de l’école entreprendrait cette démarche, le Directeur de personnel de l’académie m’a affirmé qu’il la refuserait au motif que 3 inspections favorables dans les quelques années précédentes, ça suffisait bien.
Il me conseilla donc de « faire le gros dos », de vivre mes dernières années professionnelles le moins mal possible.
Dit autrement, faites ce que vous voulez, vous êtes libre de votre programme par exemple et ne vous inquiétez pas.

Et ce que je fis. A partir de cette date, je me suis considéré comme « travailleur indépendant », ne devant aucun compte à qui que ce soit. Plus que deux objectifs, essayer d’aider les jeunes qui travaillaient avec moi et vivre les quatre prochaines années, celles qui me séparaient du jour ou je pourrais prendre ma retraite, avec le moins de désagréments possibles.
Mes nouveaux collègues de travail étaient globalement compétents et charmants et de fait je me suis mis un peu à leurs services, pour les épauler.
N’étant pas compétent, j’ai décidé d’assister, ou pas, aux réunions ou aux conseils de classes en fonction de MES critères, un élève à soutenir, un collègue à épauler, ou l’heure de la réunion. Dans les conseils de classes auxquels je participais, j’imposais de commencer par le cas des élèves qui m’importaient, et je prenais congés.
Ce n’était ni légal, ni normal, mais nul n’a jamais osé broncher, en 4 an.
Ces classes avaient à leur programme l’ASSR, Attestation Scolaire de Sécurité Routière.
Là je me dis compétent et m’y suis investi. C’était logique, compte tenue de mon parcours.
J’ai également essayé de soutenir ces jeunes dans quelques conflits avec la direction.

Par exemple, les salles de classes et l’atelier étaient dans un état infâme. On se serait cru à l’époque de ZOLA. Dans un vieux bâtiment puant jamais entretenu depuis plusieurs dizaines d’années, il pleuvait dans les classes, l’eau entrait par la cours. Juste après le repas de midi tout cela sentait les excréments venus des sanitaires de la cantine. Parfois, lors de fortes pluies, les plaques d’égouts se soulevaient dans l’atelier laissant déverser tout ce qui descendait des WC. Un vrai tas de merde. Et il ne s’agit pas là d’une métaphore ou d’un jeu de mots.
J’étais outré, au point qu’à l’automne 2001, lors de l’opération « portes ouvertes », j’ai reçu les parents d’élèves dans ce cloaque, au grand dam de la directrice du collège, furieuse.
« Mais, Madame CH., c’est bien là que les jeunes travaillent. J’ai estimé de mon devoir de leur montrer ».
Nos relations ne se sont pas améliorées, mais je n’en avais que faire, elle était coincée.
Le hasard a voulu que ce problème dusse être réglé plus vite que prévu.
Le 9 septembre 2002 des pluies calamiteuses se sont abattues dans la région et cette partie des installations fut complètement ravagée. Plus rien d’utilisable. Les 3ème Techno n’avaient plus ni atelier, ni classe.
Et pendant environs 2 ans, de 3ème Techno, ce devint les 3ème errantes.
On nous a bien « prêté » des locaux dans une autre section, mais ce n’était pas pratique et générateurs de conflits.
Personnellement, j’emmenais très souvent ma classe dans les installations de la section automobile. Ca ne plaisait à personne, mais rien à en faire. Le responsable de la classe, c’est le prof. POINT.
Il arriva qu’un beau jour, les élèves en ayant marre et se sentant abandonnés commencèrent à penser à une révolte. Nous en avons parlé. Et un jeudi matin, à une date que j’ai oublié, lorsque je suis arrivé pour mon cours de 10h à 12h, après la récréation, ils ont refusé de « monter » en classe. En grève.
C’était cocasse. La direction s’est installée face aux élèves, courroucée. La directrice du collège avait l’air d’une majesté irritée.
Et moi, plus quelques collègues, sortis de la salle des profs, derrière les élèves.
Et ça devint drôle.
La directrice les invectivait, les exhortait à reprendre les cours. Immédiatement quelques élèves venaient me demander mon avis, nous en parlions. Ils retournaient avec leurs camarades et ça recommençait.
Ca a bien duré 1h comme cela. Puis la direction proposa qu’une « délégation » aille discuter pendant que les autres iraient en classe. Je leur ai conseillé d’accepter et nous sommes montés dans une classe.
Une demi-heure plus tard, le principal d’éducation, (un très brave bonhomme en fait), le chef des travaux (mon grand copain) et la directrice entre dans ma salle. Et les élèves se font bien sur sermonner.
Profitant d’un silence, j’ai pris la parole, pour les jeunes, traduisant ce qu’ils n’osaient pas dire :
« Les élèves veulent savoir quand ils auront des locaux décents pour travailler »
Lèse majesté. Le chef des travaux bafouille.
Les trois mettent fin à la rencontre et la Directrice me convoque à une réunion avec la direction après le repas de midi.
Là, il m’est clairement signifié que l’on me prend pour l’instigateur de cette « révolte ».
Ma réponse est claire et ferme. « Je ne suis pas l’instigateur, mais par contre totalement du côté des élèves, ne comprenant d’ailleurs pas leur patience. Entre les locaux pourris qui étaient les leurs et la situation de errance dans laquelle ils se trouvent, j’estime qu’ils ont bien du mérite à avoir supporté tout ce temps ».
Fin de la réunion. Je rentre chez moi fatigué, moralement épuisé.
Cet épisode n’est en fait que l’épilogue d’un très long bras de fer qui, même avec la bienveillance de l’académie, devient insupportable.
En pleine dépression, mon médecin estime, et je suis totalement de son avis, qu’il est temps que je prenne du recul. Il m’arrête pour 4 semaines.
Enfin un peu de calme.
Quand je repris mon service, surprise, les élèves m’apprennent que la direction leur a dit que j’avais été « viré » un mois. J’ai rétabli la vérité. Et ils avaient l’air ravis de me revoir.
Un mois plus tard c’était la période des examens. En temps que prof. d’automobile, j’étais affecté par l’académie, comme tous les ans, aux centres d’examens de Nîmes.En gros, je ne remis les pieds à l’école que l’année suivante.