Déformations du châssis

J’avais donc 20 ans, pas beaucoup plus.

En gros je sortais tout droit de l’E.N.P. de Marseille St Tronc, le futur lycée Jean Perrin, via quelques mois à la SIAP, filiale Peugeot de la ville.

Résistance des matériaux, déformation, contraintes etc étaient bien sur au programme, mais, bon !

Et il y avait le E7 .

Mes connaissances étaient tirés de l'inexpérience de mes profs et surtout de bouquins écrits par "une réunion de professeurs", autrement dit, livresque.

Une de mes premières missions confiée consistait à mesurer les déformations du châssis du E7, future vedette de la SAVIEM.

Élément physique, le châssis, élément complémentaire, le plan de chargement, ou plutôt la position des charges et leurs masses; moteur boite, conducteur, passagers, bagages.

Je rappelle que je sortais de l'école, c'est mon excuse.

J'avais déjà vu des cars chargés sur la route et n'avais encore aucun esprit critique, ce n'est pas comme certains .

Car, châssis, déformation = probablement poussière, bidouille, Microns ? , centième de millimètre ?

J'avais quelques dizaines de points de mesure au cahier des charges, après réflexion j'ai acheté autant de comparateurs et de supports. J'ai tout installé et réglé.

Et quand tout fut prêt, au boulot. Un plancher était en place pour recevoir le chargement.

1500 kg pour le groupe mécanique, 75 kg par personne (53), 30 kg par bagage (53) , plus de 5,5 tonnes à manipuler.

On commence par le groupe moteur, en porte à faux arrière.

Et s'est bien vite la catastrophe.

La course des comparateurs de la partie arrière est très vite dépassée, il faut les enlever.

Quand aux comparateurs qui se trouvent entre les essieux, plus un seul ne touche le châssis.

J'ai dû oublier quelque chose.

On fini tout de même de charger, pour "voir".

Lorsque le "moteur" est en place, le châssis fait un bel arc de cercle avec ses points d'articulations au niveau des trains comme points fixes.

Jeunes et cons, nous continuons (quelques copains étaient venus m'aider dans mon rôle de déménageur).

Après le moteur, nous faisons monter les passagers les uns après les autres.

Et là c'est la grosse rigolade, plus le E7 est chargé, plus il est présentable. Le poids entre les essieux fait baisser le centre et remonter l'arrière.

A pleine charge, on pourrait presque dire qu'il est "plat".

Course vers la Marie Joseph, la baguette de ceinture de caisse joue aussi les montagnes russes, notre "mesure" est donc bonne.

Au revoir les comparateurs, bonjours les reflets, de 50 cm.

Et finalement nous aurons plus de 12 cm d'écart entre le point le plus haut et le point le plus bas du châssis. Quelqu'un c'est certainement trompé quelque part.

Finalement l'erreur était si grossière, que couplée au problème de comportement de la Marie-Joseph, le Directeur du BE sera remercié.

Monsieur avait décidé que dans un soucis de "normalisation", les coupes des tubes du châssis ne devaient se faire que à 90°, 45° ou 60°. Résultat, aucun noeux rationnel. Presque tous les tubes travaillaient en flexion, avec des contraintes à la limite de la déformation permannente. Une bonne année de perdue. Le dessin complet à refaire, toutes les mesures et les mises au point à refaire. Le véhicule d'endurance ne pouvait plus être utilisé du moins pour ce qui est du châssis. Quel gâchis.

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