L’accident dans la vallée de Chevreuse
Pauvre Marie-Joseph.
Lorsque le proto N°1 du E7 fut terminé, fin 1965, si mes souvenirs sont fidèles, vint le moment des premiers tours de roues.
Ce fut d’abord dans la cour des prototypes, quai Gallieni à Suresnes, puis prudemment sur le quai lui-même.
Enfin ce fut la première vraie sortie.
Ce jour était l’aboutissement d’une année de travail pour toute une équipe de mécaniciens, ajusteurs, soudeurs, tôliers etc.
C’était l’effervescence, le bébé allait faire ses premiers pas, escorté par un SAVIEM S45.
Alors, tous ceux qui avaient procédé à l’accouchement sont allés trouver « Miam Miam », le chef d’atelier pour une requête en participation.
Ils souhaitaient être du voyage en récompense du travail effectué..
Tractations et puis accord.
Tout le monde à bord, Jean P. au volant.
Je pense que le véhicule était un peu en surcharge, car dans les alvéoles du plancher étaient restées la plupart des gueuses en fonte qui simulaient le chargement.
En route vers la vallée de Chevreuse, calmement, mais dans la joie.
Le S45 ouvrait la route prudemment par rapport aux habitudes, mais ce n’était pas le jour de faire les fous. Il me semble que ce jour là il n’y avait pas la plupart des sièges, comme après.
Le S45 s’engage dans une légère descente qui précède une courbe à gauche, juste après être revenu sur un tronçon plat.
Il prend la courbe à vitesse raisonnable, le E7 sur ces traces, à une centaine de mètres.
A bord, c’est la joie.
Pas pour très longtemps.
Quand il est arrivé à son tour dans la courbe, impossible de tourner. Il s’est engagé dans une trajectoire tangente à la route, Jean n’a rien put faire. Le car est sorti de la chaussée et s’est couché sur le flanc droit.
A bord c’est la débâcle. Tout vole, passagers et gueuses en fonte. ( elles seront remplacées par des sacs de sable )
Par miracle tout le monde s’en sort indemne, avec simplement quelques hématomes sans importance, sauf un jeune stagiaire noir qui s’est fait coincer une cheville par une gueuse. Il crie très fort, beaucoup plus fort que le mal. En fait, il en sera quitte lui aussi, pour une simple entorse.
Pour la Marie-Joseph c’est un gros coup dur.
Le prototype suivant est programmé pour dans 6 ou 8 mois et elle n’est plus en état de continuer ses essais.
Et puis se pose la question de pourquoi cet accident.
Jean s’explique, mais ne convainc personne.
Ses qualités de conducteurs ne sont pas en cause, la vitesse n’était pas excessive.
Il a dit que quand il a tourné le volant, il ne s’est pas passé grand chose, un peu comme si la direction n’avait pas fonctionné.
Mais ça n’a pas tenu à l’analyse.
Sur la route il y avait deux traces de pneumatiques que nous avons d’abord pris pour une dérobade du train arrière ou des traces de freins.
Jean était formel, il n’a pas touché aux freins.
En attendant la Marie-Joseph a le flanc droit incliné de près de 45 degrés.
Il nous faudra presque une année pour comprendre et plus pour corriger ce problème.
Et quand je repense à cette aventure et que je regarde la production actuelle de cars, je suis toujours un peu inquiet par nos conclusions de l’époque.