La question qui m’avait été posée était de déterminer les valeurs et les sens des contraintes principales, en plusieurs points critiques (16 me semble-t-il) d’un cadre de torsion d’un camion, je ne sais plus lequel.

Dans le principe, c’est simple, il suffit de coller des jauges de contraintes triaxiales en chaque point.
Ensuite, par méthode mathématique ou graphique, la mesure des forces dans ces trois axes, arbitraires ou presque, permet de connaître la valeur et le sens de la contrainte principale.
Fastoche.

Au boulot, rien de bien compliqué.
Collage des jauges aux points sélectionnés ;
Câblage des circuits ;
Installation du cadre de torsion sur le véhicule ;
Installation de la chaine de mesure,

Et oups, sur la piste.

Quelques mises au point et retour avec les enregistrements.

Dépouillement de tout ça, chaque point de mesure livre ses premiers secrets, reste juste à transformer en contrainte principale, sens et valeur.

Première méthode, mathématiques. Le chef Vanu est un balaize dans ce domaine.
Mais le problème, c’est que les machines à calculer de l’époque ne sont pas franchement scientifiques.
On abandonne et on passe à la méthode graphique (cercles de Morch, plus garantie pour l’orthographe).

Et là, c’est la misère.
Monsieur le Baron Christian de W., sympa vient me donner un coup de main. Merci.

Pas à plein temps, parce que ça nous « gonflait » sérieusement, et « nous n’avions pas que ça à faire », nous avons tout de même mis deux semaines à nous « libérer » de la corvée.

JAMAIS PLUS CA !

Oui, mais, vous savez bien qu’on ne peut pas dire jamais !

Le résultat de la méthode pour le bureau d’études était tel, qu’ils sont tombés « amoureux » de ce joli travail, les cochons. Non seulement il fallait refaire le même travail sur toutes les variantes expérimentales de ce foutu cadre, mais en plus la contamination a gagnée le châssis, puis la carrosserie de E7.

Discussion avec Vanu, la méthode mathématique, c’est peut être mieux, mais nous n’avons pas les moyens de calcul.

A cette époque, le sigle RENAULT qui suivait le sigle SAVIEM, sur le bâtiment de Suresnes venait de passer devant. De SAVIEM, en quelques mois nous étions passés SAVIEM-RENAULT, et nous voilà RENAULT-Saviem. Ca doit bien vouloir dire quelque chose.

Chez RENAULT, à Billancourt il y avait à l’époque un bureau de calcul équipé d’un des plus puissants « ORDINATEUR » français de l’époque, « ANATOLE ».

Van est allé voir ces gents là, et comme il parlait le même langage qu’eux, ils se sont compris et ont accouchés d’un programme informatique correspondant à nos soucis, et surtout pour moi, d’une « grille » de relevé de mes mesures, pour les traiter ensuite.

Quel bonheur.

Pour la deuxième vague de mesure sur ce fameux cadre, au départ, ce fut la même chose.
Mais ensuite, quelle différence.
Juste à remplir cette fameuse grille, envoyer un courtier à Billancourt, et attendre gentiment qu’ils me rapportent les résultats, le lendemain matin.

Le paradis pour un Marseillais, plus rien à faire.

Quand je pense qu’il y en a encore qui pensent que l’informatique ne sert à rien, quel courage.